Depuis plusieurs années, le monde de l’édition a connu une véritable révolution numérique. Les liseuses, les tablettes et les applications de lecture permettent d’emporter des bibliothèques entières dans un appareil de poche. Pourtant, malgré tous les avantages du format Kindle, j’ai pris la décision consciente de ne pas publier L’Étrangère sous ce format. Et voici pourquoi.

1. Préserver l’expérience de lecture
La lecture d’un livre va bien au-delà des mots. Les pages que l’on tourne, l’odeur du papier, le contact avec la couverture et la mise en page sont autant de détails qui participent à l’immersion. L’Étrangère a été pensé pour être lu comme un objet physique, avec un rythme, un souffle et un impact visuel précis. Transformer ce roman en un fichier numérique risquerait de dénaturer cette expérience.
2. Une relation plus intime avec le lecteur
Lorsque vous tenez un livre entre vos mains, vous tissez un lien unique avec l’histoire et son auteur. Chaque annotation, chaque marque-page devient une trace de votre passage dans l’univers du roman. Avec le Kindle, cette relation devient virtuelle et plus froide. Je souhaite que L’Étrangère reste un compagnon tangible, un objet que l’on chérit et que l’on peut feuilleter à tout moment.
3. La valeur du livre imprimé
Le numérique a rendu l’accès aux livres plus simple, mais il a aussi abaissé leur valeur perçue. Un livre sur une étagère, un roman que l’on offre ou que l’on prête, possède un poids symbolique que le format électronique ne peut remplacer. Publier L’Étrangère uniquement au format papier, c’est rappeler que le livre reste un objet précieux, digne de respect et d’attention.
4. Préserver le contrôle artistique
Le Kindle impose un format standardisé, des polices ajustables et une mise en page qui ne respecte pas toujours les intentions de l’auteur. L’Étrangère comporte des éléments de mise en page et de design qui sont essentiels à la lecture et au ressenti des scènes. En conservant le livre au format papier, je garde le contrôle sur la manière dont l’histoire est présentée et perçue.
5. Une invitation à ralentir
Enfin, refuser le format Kindle est une manière de résister à la lecture rapide, au zapping permanent et à la consommation instantanée de contenus. L’Étrangère est un roman qui mérite du temps et de l’attention. Le papier impose ce rythme, permet de s’immerger pleinement dans l’intrigue, de respirer entre les chapitres et de savourer chaque phrase.
6. Une décision personnelle et intime
Au fond, ce choix est aussi très personnel. Quand j’écris, je mets une part de moi dans chaque mot, chaque phrase, chaque page. Je veux que le lecteur ressente cette intimité. Le papier, avec sa texture, son odeur et son poids, transmet cette émotion de manière unique. J’ai parfois imaginé des lecteurs prenant L’Étrangère dans leurs mains, s’asseyant dans un fauteuil, un thé à portée de main, et se laissant emporter par l’histoire — ce moment de pause et de plaisir simple que seule une vraie page peut offrir.
Je souhaite que mon roman ne soit pas juste consommé, mais vécu. Que chaque lecteur sente qu’il tient un objet façonné avec soin, qu’il puisse tourner les pages avec anticipation et revenir sur certaines phrases pour les savourer. Ce lien tangible entre le livre et le lecteur est, pour moi, irremplaçable.
En conclusion, le choix de ne pas publier L’Étrangère au format Kindle n’est pas un rejet du numérique ou de la modernité. C’est avant tout un choix artistique et émotionnel, une manière de protéger l’intégrité de mon roman et de respecter le lecteur.
